ÊTRE ECRIVAIN CA VEUT DIRE QUOI ? PARTIE 1/FAIRE DES CHOIX

Je parlerai évidemment à partir de ma propre expérience. Il y a de toute façon autant de façons de vivre son écriture que d’écrire. Cependant, je pense qu’une des manières de se mettre (pour de bon) à l’écriture tient en peu de choses (en peu de peurs en fait).

J’aurais tendance à dire qu’être écrivain (et j’appelle «écrivain» toute personne qui écrit régulièrement, publiée ou non, qui fait des tentatives, des essais de projets, que ceux-ci aboutissent ou non), tient à faire des choix.

Evidemment, il y a les choix propres au projet : vais-je écrire un roman, un essai, un poème ? Vais-je utiliser la première personne du singulier ou la troisième ? Où vais-je situer mon histoire ? À quelle époque, etc.

Tous ces points sont des choix que l’écrivain doit à un moment ou à un autre trancher. Mais ce n’est pas de ces choix-là dont je vais parler. Ecrire implique avant tout un autre type de choix : être fidèle à soi-même autant que possible.

Ha, la jolie phrase que voilà… qui peut dire tout et son contraire…

Ce que je veux dire par là, c’est qu’à un moment donné, on fait le choix d’écrire.

D’abord, il y a une envie : «J’ai envie d’écrire», «Un jour écrirai un roman.»

Cette envie est immédiatement suivie par un acte de censure. Celui-ci peut être variable, en voici quelques exemples : «Je n’ai pas le temps», «Je suis trop vieux/trop jeune», «Mes idées ne sont pas bonnes», «J’ai honte de me lancer, on/mes parents/mon conjoint/mes voisins vont se moquer de moi», «Je ne sais pas comment faire», «J’ai déjà essayé et rien de ce que je fais n’est assez bon», «Je ne suis personne, je n’ai pas de relations, à quoi bon», etc, etc.

Comptez sur votre Moi critique pour trouver toutes les raisons possibles et imaginables, il sera très inventif. Cet acte de censure n’est qu’un moyen de ne pas choisir d’écrire, tout simplement parce qu’écrire, c’est se mettre en danger, c’est explorer son inconscient, ses rêves, ses peurs et ça, c’est très très effrayant ! On n’est pas sûr qu’on contrôlera tout et on risque que le résultat soit différent de ce qu’on voulait.

Oui, écrire, C’EST effrayant. C’est un fait. Mais ne pas écrire, c’est aussi choisir de ne pas le faire, c’est laisser votre peur gagner, vous limiter et vous restreindre.

Or, si vous voulez être fidèle à vous-mêmes autant que possible, accordez-vous le droit d’aller au bout de vos envies, même si elles vous font peur, même si vous les trouvez absurdes.

Vous avez envie d’écrire ? Et bien faites-le ! C’est le seul moyen de savoir si vos peurs étaient fondées (et il y a fort à parier qu’elles ne le sont pas)…

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Au passage, voici quelques réponses à méditer sur le «Je ne peux pas écrire parce que :

  • Je n’ai pas le temps.»

temps


Vous n’avez donc pas 5 minutes pour vous sur une journée ?

Certains jours, je n’écris qu’une phrase, cela m’arrive faute de temps, d’envie, parce que d’autres impératifs m’ont bouffé la journée ou que je suis tout simplement fatiguée.

Pourtant, je me force à ouvrir mon traitement de texte et j’écris juste une phrase. C’est d’ailleurs ce que je me dis : «Aujourd’hui, juste une phrase, on verra le reste demain.» Et parfois la phrase en devient 10. Parfois il me faut 10 jours pour faire ces 10 phrases. Et ces jours-là, je me félicite de l’avoir fait. Juste parce que j’ai conscience que c’est dur de le faire, de me forcer. Juste parce qu’en le faisant, j’ai tenu mon choix : j’ai participé à mon projet d’écriture avec les moyens que je pouvais mettre en oeuvre le jour X au moment Y, et ça change tout…

Pensez qu’une phrase ou une page par jour finira par vous donner au bout de quelques semaines, quelques mois, une nouvelle, un poème, un roman… Alors que si vous ne prenez pas cette peine, au final, vous n’aurez… rien !

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  • Je suis trop vieux/trop jeune.»

vieil ecrivain


Vous savez ce qui se passera dans 5 ans, 10 ans, 15 ans ? Vous aurez le 5 ans, 10 ans, 15 ans de plus qu’aujourd’hui et ce que vous vous mettiez à écrire ou non. Vous préférez vous dire quoi dans 5 ans ?

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  • Mes idées ne sont pas assez bonnes.»

doubt

D’après qui ? Vous ? Je vais vous confiez un secret : ne vous faites jamais confiance sur ce point, vous êtes votre plus mauvais juge…

Et puis, honnêtement, les idées sont-elles nécessaires ? N’avez-vous jamais lu des livres dont l’intrigue était banale juste parce que vous aimiez les personnages ? Juste parce que l’écriture vous emportait ? Juste parce que ça vous détendait pour quelques heures ?

Il n’y a pas de mauvaises idées. Tout peut être un sujet d’écriture : par exemple, Marguerite Duras a écrit tout un texte sur l’agonie d’une mouche…

Ecrivez sur ce qui vous plaît, vous fait vibrer, vous angoisse et non sur base d’idées. Lâchez-vous, cesser de vous observer écrire. Autorisez-vous à écrire des idées nulles, juste pour l’avoir fait, juste parce que ça détend et qu’à force d’écrire – même n’importe quoi – on apprend à mettre les choses en mots.

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  • J’ai honte de me lancer, on/mes parents/mon conjoint/mes voisins vont se moquer de moi.»

200181253-001

Ici, le problème est bien plus fondamental. Votre vie est avant tout à vous.

Certes, vous ne vivez pas seul(e), mais vous êtes encore libre de vous choisir des passions qui vous plaisent, personne n’a le droit de vous limiter sur ce point. Même indirectement. Même en vous manipulant. Même en tentant de vous culpabiliser («depuis que tu écris, je me sens négligé» dit le copain(/copine/enfant)-vampire qui habite chez vous => la solution : qu’il/elle se trouve un passe-temps, en profite pour repasser le linge ou regarder un match de foot ; il peut bien vivre par lui-même une heure par jour, non ?). Votre vie reste à vous avant d’être partagée avec les autres. En vous épanouissant dans un domaine, vous serez immanquablement plus facil(e) à vivre. A bonne entendeur…

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  • Je ne sais pas comment faire. J’ai déjà essayé et rien de ce que je fais n’est assez bon.»

comment faire

Ecrire, ça s’apprend et ça se travaille. Si demain vous vous mettez au piano, allez-vous vous étonner de ne pas parvenir à jouer une mélodie sans fausse note et sans que ce soit mécanique et sans âme ? Non.

Si vous vous mettez à un sport (tennis, escrime…), serez-vous en une semaine un champion ? Non.

En ce qui concerne l’écriture, c’est pareil et il faudra vous faire à cette idée. Vous allez écrire beaucoup beaucoup beaucoup de choses qui ne vaudront rien, qui seront ratées et que vous trouverez impossibles à montrer. Tout le monde en passe par là. Ecrire des trucs nuls, ne pas finir des textes, ébaucher des idées qu’on trouvera idiote deux jours plus tard, ce sont des choses qui arrivent et même qui DOIVENT arriver quand on choisi d’écrire.

On a le droit d’être nul, et d’essayer. A force, on finira par avoir un écrit sympa, puis deux, puis un truc vraiment incroyable. Mais pour arriver au truc incroyable, va falloir user quelques bics sur des carnets.

Dites-vous bien qu’écrire, même si on a quelques dispositions, c’est avant tout (se forcer) apprendre à le faire. Surtout qu’en écriture, il n’y a pas de méthode, pas de «truc» ni de ficelle. Il n’y a que des tentatives et des essais. Et ceux-ci sont plus que nécessaires car ils vous permettent de savoir ce qui fonctionne «pour vous.»

Ecrivez, faites-vous plaisir, lâchez-vous et ne surveillez pas votre stylo. Vous avez le droit de faire des brouillons. Vous avez le droit – non, l’OBLIGATION – d’être débutant, que vous ayez ou non des prédispositions.

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  • Je ne suis personne, je n’ai pas de relations, à quoi bon.»

Je ne suis personne

Et alors ? Vous avez besoin d’amis prestigieux qui vous tiennent la main pour arriver à aligner deux lignes ?

Oubliez un instant la notion de publication.

Certes, on se sent amoindri, pas reconnu, ballot, de ne pas être publié au point parfois de ne pas oser dire qu’on écrit.

Et alors ? Quand votre cousin vous dit qu’il s’est mis au piano, vous lui demandez s’il a des relations ? S’il a déjà fait des concerts, gagné des concours ? Vous lui demandez quels CD il a enregistré ? Non, pourtant il s’y est mis. Pourtant, il fait chaque fois qu’il peut ses gammes – et en plus, il les fait sans se dire «Je n’ai pas de relations, à quoi bon ?»

Il ne se dit pas non plus «Je ne suis personne» car il accepte d’être simplement lui-même, en toute humilité : il accepte d’être lui apprennant à jouer du piano.

ecrire

Faites pareil, soyez-vous même qui écrit, avec les moyens qui sont les vôtres. Quand vous aurez un texte (voire en fait quelques uns) derrière vous, vous aurez une matière qui vous permettra de commencer à penser en termes de publications.

D’ici-là, asseyez-vous, écrivez au moins une phrase par jour et donnez-vous le droit de les écrire mal.

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Être écrivain, ça veut donc dire être fidèle à soi-même et, par-là, faire des choix qui mènent à l’écriture. Mais quels seront ces choix en ce qui vous concerne ?

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4 réflexions sur “ÊTRE ECRIVAIN CA VEUT DIRE QUOI ? PARTIE 1/FAIRE DES CHOIX

  1. Puis-je vous emprunter 20 lignes ( acte de censure ) pour mon blog privé, avec le lien pour que mes amies-auteures viennent continuer la lecture ici ? c’est tellement vrai, et personne encore ne l’a écrit.

    Merci

  2. oh my God ne vous aventurez pas jusque là, je suis TRÈS ( terriblement très !) demandeuse sur tout ce qui touche l’écriture, mais je vous promets que je serai assez sage pour me restreindre.

    Je vous remercie et oui, je pense que j’ai encore beaucoup de questions. Les auteurs qui travaillent avec moi aiment ce que vous faites, votre capacité de partage, surtout, et votre complicité avec l’écriture. Il y aurait de nombreux développements à partir de ce que vous avez déjà édité ici.

    Ce que vous avez écrit là sur la censure et LES CHOIX touche beaucoup d’écrivains.

    Surtout des femmes, traditionnellement « prises » dans d’autres filets, et dirigées vers d’autres avenues. Mais je connais de très bons auteurs-messieurs pris eux aussi dans les rets du travail et du pain à gagner. Ils laissent ainsi passer leurs meilleures années de création.

    J’ai mis le passage en q

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