Le sujet de ce billet peut porter sur deux choses, deux domaines différents :
1/ la vie même de celui qui écrit (ou tente d’écrire).
2/ la question des personnages.
——
En ce qui concerne le premier point, OUI.
OUI, tuez (symboliquement) tout ces « il » qui vous empêchent d’être créateurs. Le conjoint, le voisin, le prof, l’idole que vous admirez. Bref, faites place nette, même si ça fait mal, même si c’est dur.
Vous souffrirez d’être un artiste déçu (dans ce cas précis, vous serez juste quelqu’un qui n’écrit pas parce que… – donc supprimez le « parce que » qui suit), vous finirez par en vouloir à l’empêcheur d’écrire en rond, vous serez tour à tour irritables puis déprimés et au final vous finirez quand même par tuer (et cette fois, pas forcément symboliquement) ce/celui/celle/ceux qui vous empêchent d’être vous-mêmes.
Donc soyez simples, sautez directement à la conclusion afin de pouvoir vous consacrer à l’essentiel (un prochain billet portera sur le fait que vous n’arrivez pas à passer à cette conclusion tout simplement parce que vous avez peur d’écrire/d’être/d’être en écrivant).
—–
En ce qui concerne les personnages, ça revient un peu au même. Écrire un texte de fiction c’est finir par parler de jeux de pressions/pouvoirs. Certains appellent cela le « conflit », je préfère utiliser le mot « persécution. »
Pour qu’il y ait une histoire, qu’il se passe quelque chose, que les personnages vivent, souffrent et soient heureux, il faut de la persécution. Persécution du personnage sur lui-même et persécution des personnages entre eux. Le tout est que chaque personnage puisse être le persécuteur d’un autre.
Pourquoi persécuter ses personnages ?
Pour les rendre humains, pour leur donner de la profondeur, pour qu’ils soient complexes. Car s’il y a persécuteur, il y a aussi victime, il y a aussi sauveur. Et le personnage qui persécute un tiers peut-être le sauveur d’un autre personnage dans un autre domaine. C’est cela qui donne de la complexité et leur crée des moteurs d’actions, des motivations, à ces êtres d’encre.
Bon, c’est joli tout ça, mais comment on fait pour y arriver ?
Tout d’abord en rêvant. Le rêve va donner une essence au personnage.
Ensuite, en observant non pas les individus qui nous entourent, mais leurs interactions et la manière dont ces interactions influent sur eux. « Montrer au lieu de dire » (j’imagine que j’expliquerai cette notion… un jour…).
Enfin, en leur donnant vie.
Rêver —> chacun sa manière. En ce qui me concerne, cela varie. Parfois, le premier jet me sert à rêver (sur le papier), comme ce fut le cas pour mon dernier manuscrit (en chantier, mais premier jet achevé).
Observer —> les gens ne sont pas uniformes. Ils ne sont pas des robots imperturbables qui restent identiques à eux-mêmes en toutes circonstances.
Au contraire, ils sont sensibles à leur environnement, aux évènements et aux personnes avec lesquelles ils sont. Pour y saisir une logique simple et facile à pouvoir restituer au niveau fictionnel, pensez en terme de PERSECUTEUR – VICTIME – SAUVEUR.
Dans ce que vous voyez, voire même dans les relations que vous vivez, quels rôles voyez-vous à l’oeuvre ? comment cela se passe/se manifeste ? des mots, des gestes, un certain ton de voix ? quel est votre ressenti ? (l’avantage de cette technique, c’est que vous allez mettre à jour le jeu de ceux qui vous persécutent en vous empêchant d’écrire comme vous en auriez envie, cf. point 1/ de ce billet).
Donner vie —> alors, ici, pas de règles. Stephen King ne dresse pas de portraits ; Elizabeth Georges dresse des fiches par flux de conscience (sorte de technique d’écriture automatique), d’autres font des fiches signalétiques qui portent à la fois sur le physique du personnage que sur son psychisme, ses relations familiales, sa sexualité, etc. Chacun son truc, pas de règles.
En ce qui me concerne, 1) je creuse les motivations possibles : comment papa et maman l’ont façonné, 2) ses traits de caractère saillants, 3) j’interviews mes personnages – oui, oui, ça ressemble à ça (pour Alice) :
Interview d’Alice
– Bonjour Alice.
– Bonjour.
– Tout d’abord comment vas-tu ?
– Je suis un peu nerveuse, j’ai l’impression que tellement de choses se passent autour de moi que je finis par me dissocier des évènements.
– En effet, ce que tu traverses est très déroutant. Néanmoins, te sens-tu prête à répondre à quelques question ?
– Oui, ça me changera les idées. Ça va durer longtemps ?
– Une vingtaine de minutes.
– D’accord. Allons-y !
– Bien, je vais énoncer une série d’affirmations et tu vas me dire si tu trouves qu’elles te correspondent. Tu peux être tout à fait d’accord avec l’affirmation, assez d’accord, pas d’accord ou pas du tout d’accord. Cela te semble clair ?
– Oui, très.
– Bien. Première assertion. Tu livres/confies facilement tes émotions.
– Pas du tout d’accord. C’est plutôt le contraire. Je ne livre rien, comme si c’était une faiblesse de le faire, de s’avouer vaincu par le poids de ce qu’on gardait secret, à un tel point qu’on ne pouvait que le confier à quelqu’un d’autre. D’ailleurs, je déteste les gens qui disent sans cesse tout ce qu’ils éprouvent. Je ne supporte pas ça, ça me fatigue.
—–
Etc., etc. Commencez par à rêver, c’est par là que tout commence…



Merci pour votre article ci-dessus que je poste en lien sur mon blog privé, Eté 2013,
http://lepontdestrois.wordpress.com/
ouvert il y a 1 mois avec 3 autres auteures, dans l’espoir chimérique ou non d’arriver au bout d’une nouvelle à quatre-claviers/huit-mains.
Un mois plus tard, nous pataugeons.
Votre article ci-dessus est clair et positif, il nous sera fort utile. Encore merci, et, s’il vous plait, continuez !
Bonne journée.
Merci 😀
Une fenêtre grande ouverte. Merci Valérie.
Merci.