ETRE ECRIVAIN, CA VEUT DIRE QUOI ? PARTIE 3 – LE DOUTE, LES VAMPIRES ET LE SCEPTICISME

Le doute.

Avoir confiance en sa capacité à écrire ne va pas de soi. Longtemps, j’ai été une écrivain bloquée. Rien de ce que j’écrivais n’était bon, rien ne «valait le coup.»

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Résultat : je laissais l’idée en plan, je m’autoflagellais à coup de critiques (en voici quelques unes : «tu es une ratée», «ton texte est ridicule», «pfff, de toutes façons, jamais tu ne feras quoi que ce soit de valable», «encore un projet que tu n’as pas achevé») et de complexes (en voici quelques-uns : «Nietzsche a écrit son premier ouvrage à vingt ans», «Joyce Carole Oates écrit près de deux livres par an, t’es même pas fichu d’en écrire un», «même – mettre ici le nom d’un écrivain à la mode que vous détestez – publie un livre à chaque rentrée littéraire, il ne sait pas écrire, mais, LUI, il y arrive»).

Le problème, c’est que même quand cela fonctionnait, que j’écrivais et que c’était pas trop mal, le doute restait présent et distillait peu à peu son poison («ouais, là tu écris, mais demain ?», «ouais, tu prends du plaisir, ça te plaît, mais si ça se trouve c’est mauvais/tu vas tout faire rater/tu tiendras pas la longueur…», etc.) et contaminait mon travail en même temps qu’il torpillait ma motivation.

Quoi que j’entame, j’avais ce doute au bout de ma plume. Je n’osais pas, il fallait que tout soit parfait avant d’aller plus loin sinon ça tournait/tournerait au drame.

Bref, le doute effectuait un travail de sape formidable : 20/20 pour sa contribution au sabotage de mon écriture, de mon envie, de mon plaisir.

Les vampires

Mais ce doute ne trouve pas toujours son origine en nous. Il peut venir de l’extérieur, des parents («trouve-toi un vrai travail», «écrire, ça gagne rien»), du conjoint («tu passes tout ton temps enfermé(e) dans ton bureau et tu ne publies jamais rien», «viens, allons au restaurant, tu écriras demain»), du regard des autres («ha, vous écrivez ? Qu’avez-vous publié ?»).

Mais il y a aussi les autres écrivains : ceux qui manquent de confiance en eux et vous filent de mauvais tuyaux d’écriture (vous savez, ces trucs bateau que vous lisez sur le net, qui ne vous inspirent pas et qui vous semblent obligatoires à faire, comme le plan, les fiches personnages… du coup, c’est tellement fastidieux que vous ne les faites pas et comme vous ne les avez pas fait, ben pourquoi continuer votre roman ? il doit être mauvais puisqu’il ne s’appuie même pas sur le BA-BA), vous travestissent leurs conseils (vous font croire que ce qu’ils vous disent est LA solution alors qu’ils vous envoient dans le mur, de peur que vous fassiez «mieux» qu’eux) ou qui sont bloqués («bah, de toutes façons, aujourd’hui on ne publie que de la merde», «ce texte-là, j’aurais pu l’écrire cent fois mieux que lui», «j’avais cette idée, mais il l’a écrite avant moi»).

Tous ces propos  polluent votre écriture. Vous finissez par vous sentir coupable d’écrire (ce n’est pas une activité utile et en plus vous ne vous mêlez pas à la vie de couple/famille), vous finissez par avoir honte (vous n’avez pas publié, donc vous êtes nul(e)) et vous sentir impuissant (vu que les lois de la reconnaissance littéraires semblent impénétrables et que si on écrit un texte mauvais, on sera jugé(e)).

Puis, il y a aussi les vampires. Ces êtres étrangent qui vous sucent votre énergie et votre indépendance. Ils peuvent avoir la forme d’un parent, d’un ami, d’un conjoint, d’un enfant…

Si vous êtes bloqués au niveau de votre écriture, regardez autour de vous, vous avez sûrement au moins un vampire qui peuple vos relations directes. Ce vampire, c’est bien souvent vous qui l’avez invité dans votre vie, vous qui lui laissez prendre de la place (trop), voire qui l’invitez à le faire juste parce qu’avoir un vampire sous la main, c’est commode : ça vous permet de ne pas écrire.

C’est d’ailleurs pour cela que vous le côtoyez : parce que la relation que vous entretenez avec lui vous permet de ne pas vous confronter à votre écriture, vous permet de la post-poser sans culpabilité. Après tout, avec lui, ce n’est pas de votre faute si vous n’écrivez pas, mais parce qu’il (le vampire) a effectué le sabotage à votre place.

Mais qu’est-ce qu’un vampire ?

Un vampire est un être charmant, très persuasif, débrouillard et irrésistible.

Un vampire a un avis sur tout : le sien et il vous convaincra de l’adopter.

Un vampire veut votre bien, décide pour vous.

Un vampire aime les drames  : il est malheureux si vous participez à un stage d’écriture, se dispute avec vous le jour où vous devez prendre le train pour rencontrer un éditeur et vous convainc d’aller au cinéma le jour où vous aviez prévu de relire votre manuscrit.

Un vampire vous mine (et vous isole) en colportant des propos qu’il déforme («les voisins disent ceci de toi», «ta meilleure amie, je crois qu’elle est jalouse de toi») et/ou vous fait culpabiliser («les écrivains sont des dépravés, je ne veux pas que tu fiches notre mariage en l’air»).

Et, cerise sur le gâteau, le vampire ne dort jamais, ne prend jamais de vacances (ou alors si, mais avec vous, là où lui a envie d’aller et si possible quand vous êtes au beau milieu de votre premier jet), il vous mine jour après jour, phrase après phrase, geste après geste.

Un vampire ne tient pas compte de vos envies. Il vous fait croire le contraire, mais en réalité il se fiche de vos projets. Il viendra vous poser une question au moment où vous vous installez devant votre ordinateur ; il aura besoin de vous à la seconde où vous alliez préparer les envois de votre manuscrit pour vous demander de l’aider.

Et surtout un vampire ne reconnaîtra jamais sa part de responsabilité dans votre échec. Si vous n’écrivez pas/n’êtes pas publié, ce n’est pas parce qu’il vous interrompt à chaque fois que vous vous mettez à écrire, mais parce que vous le négligez. Si le repas avait été fait/si vous faisiez plus attention à lui (il est malade, a besoin d’être consolé…), vous auriez eu ensuite tout le temps d’écrire, c’est de votre faute,  dira un vampire.

Et plus le temps passe, plus vos rêves se fanent, plus vous vous desséchez et plus vous réussissez à vous saboter avec brio. Car si vous avez un vampire dans vos relations, c’est parce qu’il vous permet de tuer votre écriture. Quelle formidable excuse que cet individu insensible et égoïste ! Il est votre moyen de ne pas vous mettre en danger.

Victime

Grâce à lui, c’est si confortable de ne pas écrire ! de juste «vouloir» le faire plutôt que de le faire :! Un vampire, c’est l’accessoire indispensable à toute personne qui souhaite post-poser sa possible réussite car elle lui fait peur. Oui, si on a un vampire chez soi, c’est parce qu’on a peur de se mettre à écrire, peur de ce qui arriverait si on le faisait. Pour le moment, vous ne connaissez que «l’envie (non réalisée) d’écrire» or rester dans le connu rassure. Vous feriez tout pour ne pas vous aventurer plus loin, le vampire est idéal pour stagner et être quelqu’un qui n’écrit pas et n’écrira plus jamais.

Peut-être est-il temps de se demander quelle peur vous ronge au point de continuer à vivre/côtoyer un vampire malgré le mal (car je doute que cela se limite au seul domaine de l’écriture) qu’il vous fait (au nom de votre bien of course…) ?

LE SCEPTICISME

C’est si facile de ne pas y croire…

Ca paraît si présomptueux d’y croire…

Le scepticisme tient en ces deux phrases.

Le scepticisme, c’est ne pas pouvoir envisager que 1) vous pouvez écrire et 2) que vous pourriez être bon.

Le scepticisme revêt le masque de la fausse humilité : si j’y crois, on va se moquer de moi ; si je m’affirme rien qu’en disant j’écris un texte/un roman/une pièce de théâtre, les gens vont se moquer de moi.

— COMMENT FAIRE ? —

Nettoyez vos pensées, le doute ne vous mènera à rien. Dites les choses telles que vous voulez qu’elles soient : vous écrivez, point. Vous écrivez ni bien ni mal, mais avec vos moyens à vous, avec vos mots à vous, avec vos personnages à vous et vous en avez le droit. Tous vos textes ne seront pas bons, mais dans le tas, il y en aura l’un ou l’autre qui vaudra «le coup.»

Nettoyez vos relations, biffez mentalement les propos désobligeants susceptibles de vous bloquer dans votre écriture. Dites-vous que ce ne sont que des avis, des points de vue et non des vérités, qu’il vous appartient de ne pas être d’accord et d’avoir un autre point de vue sur la question.
* Et si vous vivez avec un vampire, lisez quelques livres sur les pervers narcissiques et les moyens de s’en débarrasser…

Nettoyez vos convictions. Vous avez le droit d’y croire. Vous écrivez avant tout pour vous : pour rêver un texte ET pour rêver que vous y arriverez (à la représentation de théâtre, à la publication…). Ne vous affirmez pas par rapport aux autres, affirmez-vous par rapport à vous-même.

Et aussi allez écrire, présentez-vous devant votre page, même aujourd’hui, même pour une ligne. Et votre job, quand vous êtes devant votre page, c’est d’écrire, pas de vous regarder écrire, pas de vous juger ni laisser les autres vous juger.

Dites-vous bien que ne pas écrire, ne pas travailler à votre projet, sera beaucoup plus douloureux et difficile à vivre que si vous le faites…

Allez, votre devoir pour la journée : une ligne, au moins une ! Même si elle ne fait qu’un mot à elle toute seule. C’est votre part du contrat.

Et ce contrat est renouvelé pour chaque jour que le soleil fait.

Vous savez ce qu’il vous reste à faire…

page writing

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