A LA TABLE DE TRAVAIL – 3/ UN PERSONNAGE, POUR QUOI FAIRE ?

Personnages

L’attrait d’un récit, d’une nouvelle, d’un roman, sur l’imaginaire d’un lecteur dépend de la crédibilité du/des personnage(s).

C’est ce qui fait que des auteurs comme Musso et Lévy sont plus lu aujourd’hui que les plumes précieuses de la haute littérature. Le lecteur veut du rêve avant de profiter du style et s’il peut avoir les deux, c’est la cerise sur le gâteau.

Parler des personnages revient à se demander QUI lui ?

Le lecteur est une personne qui a une vie comme vous et moi, qui en est plus ou moins satisfait, qui a ses journées de travail (ou d’ennui), ses tracas, ses joies, les événements sportifs de ses enfants le week-end et les barbecues les dimanches d’été.

Et si cette personne ouvre un livre, c’est parce qu’il se trouve dans un transport en commun, a quelques heures devant lui, cherche à exorciser une situation qui est en train de lui arriver, est passionné par un certain sujet, veut apprendre quelque chose (c’est le cas de l’apprenti-écrivain qui lit pour «apprendre»). Cette personne souhaite donc :

  1. rêver, s’évader de sa vie,
  2. passer son temps (de manière agréable),
  3. relativiser sa propre existence en voyant que d’autres (des personnages) vivent les mêmes situations que lui, voire pires (et s’en sortent… parfois),
  4. veut se plonger dans une époque, un sujet, qui le passionne,
  5. veut appréhender (être bercé, parfois, par) votre technique, votre style.

A partir de ces diverses attentes du lecteur, il est évident que vos personnages, même s’ils ressemblent à Monsieur-et-Madame-tout-le-monde NE sont PAS Monsieur-et-Madame-tout-le-monde. Ils sont au contraire tout sauf ça. Un personnage est toujours «plus» qu’une personne réelle :

  • plus beau (la Belle, la Petite Sirène) ou plus laid (la Bête, le bossu de Notre-Dame),
  • plus bienveillant (la bonne-fée) ou plus perfide (le meilleur ami qui est un traître),
  • plus intelligent (l’enfant du Bizarre incident du chien…) ou plus bête (Forrest Gump),
  • mais aussi plus riche, pauvre, plus pénible, plus agaçant, plus malade, plus courageux, plus volontaire…

Bref, un personnage est toujours «plus» sinon il est ennuyeux. Il fait aussi plus de choses que Monsieur-et-Madame-tout-le-monde : s’il est avocat, il gagne plus de procès ; si c’est un homme, il a plus de conquêtes féminines ; si c’est une femme, elle a plus de déboires amoureux… Quoi qu’il lui arrive tout est plus.

Un personnage, même ordinaire reste EXTRAORDINAIRE dans sa manière d’être ordinaire.

Mais en même temps, tout est plus simple dans la vie d’un personnage, tout est pertinent. Alors que dans la vie réelle, il se passe plein de choses, nous avons à les vivre, qu’elles soient pertinentes ou non. Dans un roman, un personnage ne mange que si c’est nécessaire à l’histoire. Il ne dort que si c’est nécessaire ; il passe une journée entière de travail que si c’est pertinent ; etc.

L’auteur doit sélectionner les pensées et les actions de son personnage en vue d’apporter soit : 1) une idée de son caractère, soit 2) de faire avancer l’histoire (et généralement, ces deux éléments sont liés).

Un livre qui rapporte tous les faits et gestes d’un personnage au cours de chaque seconde de sa vie de papier serait tout simplement… ennuyeux.

Des auteurs l’ont fait, avec brio. Mais, comme je l’ai expliqué dans le premier billet de cette rubrique, mon but est d’expliquer ce qui pour moi «fait histoire» et non comment écrire Mrs Dalloway.

Un personnage a par essence une vie SIMPLIFIEE car elle s’inscrit dans une trame narrative.

  1. Personnages pertinents et personnages décoratifs

Les personnages décoratifs sont ce que les figurants sont à un film : ils font tapisserie, servent à interrompre un dialogue en versant de l’eau dans un verre. Ils peuvent être exentriques ou non, c’est sans importance.

Si une scène a lieu dans un carnaval, les personnages décoratifs seront excentriques ; si la scène se déroule dans une rue à l’heure de pointe, ils seront plus «convenus».

Un personnage peut être une ombre, une foule ou décrit en une phrase.

Exemple : un homme édenté attendait au coin de la rue.

Autre exemple : un groupe d’étudiants nous a dépassé. Ils arboraient tous un polo frappé des couleurs de leur club sportif.

L’utilité des personnages décoratifs tiennent à :

  1. la description (ils aident à donner le ton de la scène, son ambiance)

Exemple : Par moment, le rire d’une fille, probablement éméchée, couvrait les paroles d’Elise.

  1. ils peuvent être prétexte à une action.

Exemple : Par moment, le rire d’une fille, probablement éméchée, couvrait les paroles d’Elise, ce qui m’obligeait à la faire sans cesse répéter. Notre premier rendez-vous se passait mal, tout cela à cause d’un post-ado bourrée incapable de se tenir.

L’écrivain n’explore pas ces personnages décoratifs, il ne perd pas son temps à décrire leur détresse, leurs joies, leurs attentes, leurs envies…

Les personnages pertinents, quant à eux, sont l’objet d’une exploration plus ou moins fouillée.

Ces personnages sont les personnages principaux de l’histoires, les héros, les méchants, les amis, la famille… mais aussi les personnages secondaires (comme le patron qui apparaît trois fois ; l’ex-amant auquel l’héroïne s’interdit de retéléphoner…).

Ces personnages sont complexes, ils ont des désirs, des frustrations, des rages, des motifs d’action… que l’écrivain met en scène (le fameux «Show, don’t tell»).

  1. Qu’est-ce qu’un personnage pertinent ?

Un personnage pertinent a un nom, un physique, une histoire, une vie sociale et une vie émotionnelle.

Vous trouverez sur le net et dans les livres de nombreuses grilles de personnages.

Elizabeth Georges aime les décrire en remplissant une bonne dizaine de pages en écriture automatique.

Stephen King aime avoir une vague idée du portrait et se lancer directement dans l’écriture afin d’explorer son personnage et «qui» il est dans l’action.

Personnellement, les grilles à compléter me bloquent. Je trouve ça pénible à faire et cela retarde ma «mise à l’écriture.» Or, pour moi, retarder le moment où je me mets à écrire est bien souvent un acte de censure.

Je préfère donc avoir une idée de quelques personnages, me lancer dans le premier jet et revenir au travail ensuite.

C’est ce que j’expérimente actuellement pour mon manuscrit Alice (titre provisoire).

J’ai écrit le premier jet en cinq semaines. Arrivée à la moitié de la relecture, je me suis aperçue que mes personnages manquaient de vie. Il étaient plutôt dans le «moins» que dans le «plus» par rapport à Monsieur-et-Madame-tout-le-monde.

Pour moi, ce problème ne vient pas des personnages en eux-mêmes mais de leurs interactions (avec leur environnement, les autres personnages, eux-mêmes) qui sont trop molles.

Une fois que j’aurai retravaillé ce point, je reviendrai vous en parler 😉

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3 réflexions sur “A LA TABLE DE TRAVAIL – 3/ UN PERSONNAGE, POUR QUOI FAIRE ?

  1. Je possède – je trésore – une lettre de 4 pages d’une écrivain célèbre à qui j’avais eu le front d’envoyer un manuscrit il y a très longtemps. Elle m’avais bien fait le coup du « show, don’t tell », et elle m’en expliquais quelques rouages. Ce qu;’elle préconisait, le plus simple chemin : les dialogues.
    Il y en a d’autres, plus difficiles.

Répondre à vallam2 Annuler la réponse.

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